Dans une collaboration entre l’équipe de Said Hafidh (Laboratoire de biologie du pollen, Prague, République tchèque) et l’équipe de Rémy Merret (Institut de biologie moléculaire des plantes – IBMP, Strasbourg), un pas important a été franchi dans la compréhension des mécanismes de contrôle de la traduction des ARN messagers et de la fertilité des plantes.
Cette étude, publiée dans la revue The Plant Cell, révèle le rôle d’une protéine essentielle appelée eIF3E. Cette protéine fait partie d’un grand complexe cellulaire (eIF3) qui contrôle une étape cruciale de l’expression des gènes : la traduction, c’est-à-dire la fabrication des protéines à partir des ARN messagers (ARNm). Bien que eIF3E soit connue pour participer à ce processus, son rôle précis restait jusqu’ici mal compris.
Nos travaux montrent que eIF3E agit comme un régulateur sélectif : elle ne contrôle pas tous les ARN de la même manière, mais reconnaît des motifs spécifiques présents dans certains ARNm. Selon le contexte, elle peut soit freiner, soit stimuler leur traduction. Cette régulation fine dépend d’un domaine structural particulier de la protéine (le domaine PCI) ainsi que de modifications chimiques précises (phosphorylations).
Lorsque ce domaine est supprimé ou altéré, eIF3E ne peut plus interagir correctement avec ses partenaires. Résultat : la régulation de la traduction est perturbée, la croissance du tube pollinique est altérée et l’organisation des membranes cellulaires est affectée. Or, le tube pollinique est indispensable à la fécondation chez les plantes.
En résumé, cette étude montre que eIF3E joue un rôle clé dans le maintien de l’équilibre de la production protéique dans les cellules végétales. En assurant une traduction précise et régulée de certains ARN, elle contribue directement à la fertilité des plantes.